Eglise et migrations

Dossier "Grand Angle" paru dans le numéro d'Eglise de Cambrai de septembre 2019

Le dimanche 29 septembre 2020, se déroulera la 105éme Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié sur le thème : « Il ne s’agit pas seulement de migrants ».

La mobilité humaine n’est pas un phénomène nouveau et l’Église manifeste depuis longtemps un grand intérêt pour les migrants, se préoccupant de leur sort, au travers notamment d’un accompagnement pastoral adapté.
Le phénomène migratoire est indéniablement une réalité complexe, difficile à gérer, mais nous aurions tort d’oublier que celui-ci, avec la grâce de Dieu, est l’Avent « d’un nouveau ciel et d’une nouvelle terre », où nous nous découvrirons frères les uns des autres, enfants d’un même Père.

Le Pape François a fait de la question migratoire un marqueur fort de son pontificat et s’est exprimé à de nombreuses reprises à ce sujet en développant une approche nouvelle articulée autour des verbes : « accueillir, protéger, promouvoir, intégrer ».

Tentons de trouver ensemble au regard du communiqué de la conférence de évêques de France du 10 janvier 2018, une réponse commune.

Accueillir

« Qu’as-tu fait de ton frère ? » Les milliers de morts, parmi les déplacés contraints d’entreprendre des voyages périlleux pour atteindre l’Europe afin d’y demander la protection à laquelle ils aspirent, est un scandale auquel personne ne peut se résigner. Les personnes contraintes de fuir leur pays ont le droit de requérir une protection sans qu’il leur faille pour cela ajouter aux risques initiaux ceux d’un parcours incertain. Le leur permettre est pour notre société un impératif, tant légal que civilisationnel.

Il n’y a pas d’accueil véritable sans accompagnement du chemin d’intégration. A la suite du Pape François, ils pensent que les dispositifs publics d’accueil des réfugiés peuvent être complétés par le développement de programmes de parrainage par des collectifs citoyens. Par leur caractère diffus, de tels programmes offrent aux nouveaux arrivants la possibilité d’une réelle intégration sociale, laquelle fait souvent défaut dans les dispositifs d’accueil où les arrivants sont regroupés entre eux.

Outre le bénéfice pour les personnes accueillies elles-mêmes, ces programmes, partout où ils sont mis en œuvre, génèrent du dynamisme et se révèlent créateurs de liens. Les chrétiens engagés au sein de collectifs d’accueil, avec leur paroisse, dans le cadre du projet des couloirs humanitaires, avec le service jésuite des réfugiés ou encore avec l’Ordre de Malte par exemple, en témoignent : des acteurs aux sensibilités éloignées collaborent, des territoires se dynamisent, des cœurs se convertissent, etc. Alors pourquoi ne pas suivre leur exemple …

Ils nous invitent à accroître notre engagement en ce sens et, au-delà du soutien administratif, de l’enseignement du français ou encore de l’insertion professionnelle, à nous positionner plus spécifiquement sur le créneau de la convivialité afin de donner corps à la valeur de la fraternité.

Protéger

L’élaboration et la mise en œuvre d’un nouveau cadre législatif ne doivent en aucun cas conduire à aggraver le cas de nombreux migrants déjà présents sur notre territoire et se trouvant pour certains en situation de très grande vulnérabilité. Conformément à l’enseignement de l’Église, ils nous rappellent avec force que chaque personne doit être traitée d’une manière qui, en toutes circonstances, respecte sa dignité.

Parmi les personnes les plus vulnérables, ils expriment une préoccupation particulière pour la situation des jeunes migrants, et plus spécifiquement pour celle des mineurs non accompagnés dont le nombre, dans notre pays, ne cesse de croître.

De nombreux citoyens, parmi lesquels des chrétiens, s’engagent individuellement ou collectivement pour aider ces jeunes à obtenir la protection à laquelle ils aspirent et à laquelle ils ont droit. Ils encouragent cette mobilisation. Comme toutes celles qui se mettent spontanément en place lorsque les plus fragiles sont menacés, celle-ci manifeste que nous sommes tous capables d’un sursaut lorsque le plus sacré est atteint.

Promouvoir

Le Pape François nous invite à promouvoir le développement humain intégral des migrants. Cet appel qui s’enracine dans la tradition de l’Église est fondé sur la conviction profonde que « tous peuvent apporter une contribution à l’ensemble de la société, tous ont une particularité qui peut servir pour vivre ensemble, personne n’est exclu en vue d’apporter quelque chose pour le bien de tous ». Cette contribution n’est pas seulement un droit mais aussi un devoir à l’égard de soi-même et de la société.

Les évêques sont convaincus que, migrants ou non, l’exercice de ce droit et de ce devoir passe en premier lieu et de façon privilégiée par l’accès au travail. Outre qu’il permet à chacun de subvenir à ses besoins, le travail constitue en effet une dimension fondamentale de l’existence humaine, par laquelle la vie de l’homme est construite chaque jour et où elle puise sa propre dignité spécifique. Par le travail, l’homme se réalise en tant que personne et trouve sa place dans une véritable communauté humaine.

Dans les permanences d’accueil de nos diocèses, de nos associations, entendons le désir exprimé par beaucoup de personnes de contribuer à la vie de la société et la frustration, parfois la souffrance, que celles-ci ressentent lorsqu’elles ne peuvent le faire par leur travail. Ceci est particulièrement vrai de nombreux migrants, notamment ceux se trouvant en phase de demande d’asile auxquels la loi ne permet pas de travailler avant le dixième mois.

Certains trouvent dans nos mouvements ou nos associations des occasions d’engagement bénévole. De tels engagements contribuent efficacement au développement des personnes, en leur permettant de sortir du rôle de bénéficiaires auquel elles sont de fait trop souvent cantonnées pour (re)devenir contributrices.

L’absence d’une maîtrise suffisante de la langue constitue souvent un frein à l’intégration sociale et professionnelle. Aujourd’hui, de nombreux chrétiens s’engagent concrètement pour permettre aux nouveaux arrivants d’accéder à une meilleure compréhension de notre société. Il y a là une vraie façon d’ouvrir notre porte à nos frères et sœurs migrants.

Intégrer

Il est essentiel de promouvoir une présentation positive des migrants et de la solidarité à leur égard. À la suite du Pape, qui nous invite à regarder les uns et les autres avec un regard rempli de confiance, convertissons nos regards.

La présentation positive des migrants passe par la mise en valeur des éléments de leur patrimoine culturel et spirituel susceptible d’enrichir la communauté nationale ainsi que par la mise en lumière de leur désir de contribuer concrètement à la vie de la société toute entière. Elle passe aussi, et peut être en premier lieu, par un discours honnête sur les motivations qui ont poussé ces personnes à rejoindre notre pays, motivations que l’on réduit trop souvent de manière orientée au seul critère économique.

En mettant en lumière ces motivations, on réalisera que beaucoup ont été guidés sur le chemin de l’exil par l’espoir de trouver la paix, le désir de déployer pleinement leur humanité, d’exprimer leurs talents, de vivre librement leur foi, etc. Dans ces motivations, chacun pourra reconnaître les aspirations d’hommes et de femmes de bonne volonté. Ceux disposés à le voir sauront aussi y déceler, en creux, une bénédiction sur un pays aux nombreux atouts mais trop souvent enclin à douter de lui-même.

Cette bénédiction, nous, chrétiens, l’expérimentons concrètement dans nos communautés paroissiales, lesquelles, pour beaucoup, trouvent dans la présence des migrants un nouveau souffle. Nous encourageons les chrétiens à témoigner de cette richesse et à s’engager pour la promotion d’une authentique culture de la rencontre, notamment par l’organisation de rencontres entre migrants et autochtones, à l’occasion desquelles les uns et les autres pourront échanger en vérité et dans la paix.

Parallèlement à cette présentation positive des migrants, il est essentiel de promouvoir une présentation positive de ceux qui, à leur égard, font preuve de solidarité. Trop souvent en effet, ces derniers se retrouvent, au nom même de leur engagement, objets d’hostilité.

Cultivons une attention particulière aux actions positives mises en œuvre en faveur des migrants et efforçons-nous de les faire connaître afin de devenir, au sein de notre société, les promoteurs de ce regard de confiance.

Accueillir, protéger, promouvoir, intégrer : comme le souligne le Pape François, « conjuguer ces quatre verbes à la première personne du singulier et à la première personne du pluriel constitue un devoir de justice, de civilisation et de solidarité ». Un appel solennel aux chrétiens et à tous les hommes et les femmes de bonne volonté pour qu’au sein de leur paroisse, d’un collectif, d’un mouvement ou d’une association, ceux qui le peuvent, s’engagent sur l’une ou l’autre de ces priorités.

Article publié par Service communication • Publié le Vendredi 16 octobre 2020 • 626 visites

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